Où les habitants d’Héraklion mangent-ils réellement ? Un système, pas une liste
Les listes de restaurants deviennent obsolètes, mais les quartiers et les habitudes, eux, perdurent. Comment manger comme les habitants de cette ville : le rituel du raki, les allées du marché, les deux institutions.
Tous les sites de voyage proposent une liste des « 10 meilleurs restaurants d’Héraklion », et la plupart ne sont que des copies les unes des autres, vieilles de trois ans, rédigées par quelqu’un qui n’a jamais réglé l’addition dans cette ville. Je vais vous proposer quelque chose de plus utile. Au lieu d’une longue liste de noms qui finiront par tomber en désuétude, je vais vous expliquer le système : comment les habitants d’Héraklion se nourrissent réellement, où ils vont, et les indices qui permettent de distinguer les véritables adresses des établissements touristiques — sans oublier les deux ou trois institutions suffisamment fiables pour être mentionnées ici.
Ce n’est pas que je cherche à éluder la question. C’est simplement la réalité des faits : dans une vraie ville, de bons établissements apparaissent, évoluent puis ferment, mais les habitudes alimentaires des habitants restent les mêmes depuis des décennies. Apprenez à les connaître et vous mangerez bien ici toute votre vie.
La version en une minute. Dégustez des assiettes de mezzés accompagnées de raki, plutôt que des repas à trois plats. Déjeunez dans les ruelles adjacentes à la rue du marché de 1866 ; dînez dans les ruelles et le quartier de Lakkos, jamais sur les artères principales clinquantes. Une bougatsa chez Kirkor pour le petit-déjeuner ; Peskesi (réservez à l’avance) pour découvrir toute la gamme des produits crétois. Les indices : des voix grecques, des cartes succinctes, pas de photos, pas d’hôte à l’entrée — et un dessert offert avec le raki à la fin, sans même qu’on le demande.
Les habitudes alimentaires de la ville
Tout d’abord, oubliez le concept de restaurant classique. À Héraklion, on fréquente traditionnellement les « mezedopoleio » et les « rakadiko » : vous commandez plusieurs petites assiettes à partager à table — du dakos, des escargots si vous êtes courageux, des légumes sauvages, du fromage frit, tout ce qui est inscrit au menu du jour — accompagnées de carafes de vin maison ou de raki, et vous y restez pendant des heures. L’addition, si vous choisissez le bon endroit, est étonnamment modique. Commander un plat principal par personne, à la manière d’un restaurant classique, vous fait passer pour un touriste et vous coûte plus cher pour moins de plaisir. Optez pour le partage, prenez votre temps, commandez par vagues.
Deuxièmement, familiarisez-vous avec le rituel de fin de repas, car c’est également un indicateur de qualité : à la fin d’un repas dans n’importe quel établissement crétois qui se respecte, un petit dessert gratuit et une carafe de raki vous sont servis sans que vous ayez à les demander. C’est de l’hospitalité, pas une promotion. Et son absence est révélatrice : un établissement qui ne propose pas le « kerasma » est un établissement qui vit aux dépens des touristes qui ne s’y attendent pas.
Où : les quartiers, et non les adresses
Les ruelles du marché, pour le déjeuner. C’est dans les rues adjacentes à la rue du Marché de 1866 que le marché se nourrit lui-même : de petites tavernes et des grillades qui proposent la cuisine des gens qui travaillent dans le secteur alimentaire. Si une table de bouchers déjeune quelque part à 13 h 30, c’est là un gage de qualité qu’aucune application ne peut égaler. C’est là que l’on mange le mieux et à moindre coût dans toute la ville.
Les ruelles et les petites places, pour le dîner. La règle que m’a transmise mon guide lors de ma demi-journée de visite de la ville s’applique parfaitement à la tombée de la nuit : le front de mer et les artères piétonnes chics font payer le prix fort pour leur emplacement ; une ou deux rues plus loin, pour le même prix, vous profiterez d’une cuisine deux fois meilleure. Dirigez-vous vers les petites places et les ruelles du vieux centre et suivez les voix grecques.
Lakkos, pour découvrir l’ambiance actuelle de la ville. Ce quartier autrefois malfamé, situé à l’intérieur des remparts, est devenu le bastion créatif d’Héraklion : art urbain, petits bars, restaurants décontractés proposant des réinterprétations modernes des grands classiques crétois. C’est là que se retrouve la jeunesse de la ville, et c’est le quartier où j’enverrais quiconque en a assez des classiques des tavernes.
Korai et ses places, au nom de la religion du café. Héraklion vit au rythme du café : on y trouve une véritable scène de cafés de spécialité, ainsi que cette institution locale qu’est le « freddo espresso », dégusté tranquillement pendant deux heures. S’arrêter dans un vrai café en milieu d’après-midi, ce n’est pas perdre son temps ; c’est prendre part à la vie locale.
Les établissements proposant des documents imprimables
Quelques noms ont fait leurs preuves depuis des décennies, ils peuvent donc figurer sans crainte dans cet article. Kirkor, sur la place des Lions, est la référence incontournable en matière de bougatsa : des feuilletés chauds fourrés à la crème pâtissière, au sucre et à la cannelle, le petit-déjeuner traditionnel de la ville depuis des générations ; installez-vous sur la place pour la déguster et vous aurez accompli le rituel le plus incontournable d’Héraklion. Peskesi est le fleuron du mouvement crétois « de la ferme à la table » : sa propre ferme, des ingrédients traditionnels, une vitrine complète de ce que la cuisine de cette île peut offrir ; l’endroit est désormais célèbre, les tables sont prises d’assaut très tôt, alors réservez, et sachez qu’il s’agit d’un établissement haut de gamme plutôt que d’un lieu de tous les jours. Considérez tous les autres noms spécifiques que vous lirez en ligne — y compris ceux que je pourrais ajouter lors de futures mises à jour — comme des pistes à vérifier, et non comme des garanties : les cuisines changent de mains, et les listes deviennent obsolètes. Ce n’est pas le cas du système décrit ci-dessus.
Les indices, une dernière fois
Signes positifs : on parle grec aux tables, une carte concise (idéalement en partie écrite à la craie), des nappes en papier dans les établissements modestes, le « kerasma » à la fin du repas, et des emplacements qui n’ont aucun sens d’un point de vue paysager. Signes d’alerte : un hôte à l’extérieur qui vous invite à entrer, des menus illustrés en six langues, une pancarte « Soirée grecque », et tout établissement dont le principal attrait est la vue sur d’autres touristes. Aucune de ces règles n’est absolue. Mais prises dans leur ensemble, elles ne m’ont jamais induit en erreur dans ma propre ville.
Ne collectionnez pas les noms de restaurants, collectionnez les habitudes. Les tournées de mezzés et de raki, les allées du marché à l’heure du déjeuner, les ruelles et le Lakkos le soir, le Kirkor pour le petit-déjeuner, le Peskesi pour les repas de fête, et les « tells » qui font le tri partout ailleurs. Mangez ainsi pendant trois jours à Héraklion et vous aurez mieux mangé, et à moindre coût, que n’importe quelle liste n’aurait pu vous le permettre — cette année ou dans cinq ans.
Tout ce qui précède a été vérifié à la date indiquée en haut de ce guide. Personne ne paie pour figurer dans un guide — aucun commerce, aucun sponsor, aucune mention payée, jamais. Les publicités, là où elles apparaissent, sont signalées comme telles.
Où mangent réellement les habitants d’Héraklion ?
Dans les ruelles donnant sur la rue du marché 1866 à l’heure du déjeuner, et dans les ruelles et les petites places à la tombée de la nuit – jamais sur les artères principales, si soignées. Le quartier de Lakkos est désormais le lieu de prédilection des jeunes de la ville. Les quartiers résistent au temps d’une manière que les noms de restaurants ne peuvent égaler.
Qu’est-ce qu’un « mezedopoleio » ?
La tradition à Héraklion : vous commandez plusieurs tours de petites assiettes à partager à table — dakos, légumes verts sauvages, fromage frit, tout ce qui est inscrit au menu du jour — accompagnées de carafes de vin maison ou de raki, et vous restez là pendant des heures. Oubliez le schéma classique du repas à trois plats au restaurant, et vous mangerez bien mieux ici.
Qu’est-ce que le « kerasma » et en quoi est-ce important ?
À la fin d’un repas dans n’importe quel établissement crétois qui se respecte, un petit dessert gratuit et une carafe de raki vous sont servis sans que vous ayez à les demander. Il s’agit davantage d’une marque d’hospitalité que d’une offre promotionnelle – et son absence est révélatrice. Un établissement qui ne propose pas cela ne compte que sur les clients qui ne s’y attendent pas.
Où peut-on trouver de la bougatsa à Héraklion ?
Le « Kirkor », sur la place Venizelou, est l’adresse incontournable pour déguster une bougatsa au petit-déjeuner. C’est l’un des rares noms précis qu’il vaut la peine de retenir dans une ville où ce sont les itinéraires plutôt que les adresses qui constituent les informations utiles.
Héraklion est-elle une ville où l’on peut bien prendre un café ?
Vraiment. Il existe une véritable culture de spécialité qui côtoie la tradition locale consistant à siroter un « freddo espresso » pendant deux heures. Ici, faire une pause café en milieu d’après-midi, ce n’est pas simplement tuer le temps, c’est participer à une expérience.
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